Le Triptyque : Noir - Rouge & L'Île aux Sept Murmures
Trois récits, une même quête
Il y a presque soixante ans, un conte iranien posait une question radicale : que faire face à l'oppression ? La réponse tenait en un sacrifice. Un petit poisson noir choisissait de donner sa vie pour qu'un autre puisse s'échapper, brisant ainsi les chaînes d'un système qui semblait éternel.
En 2025, cette question résonne différemment. Que faire face à la manipulation des récits, à l'urgence climatique, à la fragmentation du collectif ? Le Petit Poisson Rouge propose une autre réponse : l'organisation patiente, la résistance collective, la transformation par l'harmonie plutôt que par le sacrifice.
Une troisième question émerge alors, plus intérieure : dans un monde saturé d'images, de rumeurs et de certitudes contradictoires — comment voir juste ? Comment agir sans se perdre ? L'Île aux Sept Murmures propose une réponse que ni le sacrifice ni l'harmonie ne suffisent à porter seuls : le discernement. Inventé ensemble. Au prix de cicatrices qui ne s'effacent pas.
Une filiation assumée
J'ai traduit Le Petit Poisson Noir en 2005. Une traduction fidèle — bilingue franco-persan — du conte original de Samad Behrangi, qui a inspiré mon propre récit, Le Petit Poisson Rouge.
Le Petit Poisson Rouge ne cache pas sa dette envers son prédécesseur. Il en est la continuation naturelle, le prolongement contemporain. Là où le premier ouvrait la voie par la rupture nécessaire, le second trace le chemin par la construction méthodique.
L'Île aux Sept Murmures prolonge à son tour ce dialogue. Il ne s'agit plus d'un seul poisson qui choisit de partir, ni d'un accordeur qui organise la résistance — mais de dix poissons qui partent ensemble, apprennent ensemble, se perdent ensemble, et reviennent transformés. Pas victorieux. Transformés.
Cette filiation n'est pas une simple référence littéraire. C'est un dialogue à travers le temps — trois réponses à la même urgence, portées par des voix différentes, dans des eaux de plus en plus profondes.
Du héros solitaire à l'accordeur collectif, puis aux porteurs de murmures
Le Petit Poisson Noir incarne le courage absolu : un individu face au système, prêt au sacrifice ultime pour que d'autres vivent libres. Son geste est celui de la rupture, de la révolte solitaire qui fissure l'ordre établi.
Le Petit Poisson Rouge hérite de ce courage mais le transforme. Il ne nage pas devant, il nage à côté. Il n'ordonne pas, il accorde. Le Poulpe devient stratège. Les Crabes gardent la mémoire collective. La Méduse filtre l'information. Car il a compris que la transformation sociale ne se fait pas en héros solitaire, mais en orchestrateur patient.
L'Île aux Sept Murmures va plus loin encore. Ce ne sont plus un héros ni un accordeur — ce sont dix poissons qui apprennent ensemble à voir. Chacun porte une vérité partielle. Chacun porte une cicatrice. Saphir vérifie. Flamme écoute. Corail s'emballe et apprend. Arcane traverse les bulles des certitudes. Jade choisit de rester — et c'est aussi un choix que le récit respecte. Ce n'est pas la force individuelle qui les mène jusqu'à l'île. C'est leur fragilité commune.
« On ne change pas le monde en nageant devant tout le monde. On le change en nageant à côté. En écoutant le rythme des autres. En ajustant sa nageoire quand un courant menace de disperser le groupe. Les chefs donnent des ordres. Les accordeurs créent de l'harmonie. »
Trois fins, une même transmission
Les trois récits se terminent sur un acte de transmission — mais chaque fois différemment, chaque fois plus loin.
1968 — Le Petit Poisson Noir : La grand-mère termine son histoire. Un jeune poisson demande : "Et après ?" Elle sourit : "Vous le saurez demain soir." Onze mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf petits poissons s'endorment. Mais le douze-millième reste éveillé.
2025 — Le Petit Poisson Rouge : Le cycle se poursuit. Dix petits poissons restent désormais éveillés. La parole s'est démultipliée.
2026 — L'Île aux Sept Murmures : Les neuf reviennent sans trésor. Ils sont l'île. Et quelque part, des centaines de jeunes poissons nageront dans leur sillage sans jamais savoir leurs noms. La transmission n'est plus un récit — c'est une présence, une façon de nager, une façon de regarder l'eau avant de la traverser.
Une œuvre totale : texte, image et silence
Au-delà du texte, c'est toute une esthétique visuelle qui prolonge et transforme le dialogue entre les deux premiers récits. Les 38 illustrations du Petit Poisson Rouge ne sont pas de simples accompagnements : elles constituent une réinterprétation visuelle de l'univers initié par Le Petit Poisson Noir. Là où le premier évoquait la solitude héroïque dans des eaux sombres, le second déploie une palette chromatique qui incarne la diversité du collectif organisé. Chaque créature porte visuellement sa fonction dans l'harmonie collective.
L'Île aux Sept Murmures complète la trilogie par le texte seul — sans illustration, parce que les images sont désormais dans le lecteur. Ce que le noir et le rouge ont planté par l'image, l'île le fait germer par le silence. Les cicatrices des personnages — l'écaille grise, l'écaille déchirée, l'écaille bleue — sont les seules illustrations dont ce récit a besoin.
Une expérience éditoriale inédite : littérature, art et pédagogie
Cette trilogie constitue bien plus qu'un hommage littéraire. C'est un événement éditorial cohérent :
Le Petit Poisson Noir — traduction bilingue franco-persan du conte de Behrangi (2005), œuvre fondatrice de la résistance par le sacrifice individuel.
Le Petit Poisson Rouge — 110 pages de texte original en français et anglais, 38 illustrations constituant une œuvre visuelle totale, résistance collective et organisée face aux défis de 2025.
L'Île aux Sept Murmures — texte pur, onze chapitres, neuf poissons, sept gardiens. Une cartographie du discernement à l'usage de ceux qui veulent voir juste dans un monde qui préfère qu'on ferme les yeux.
Trois œuvres. Une cohérence thématique entre résistance historique et défis contemporains. Des outils pédagogiques concrets : biais cognitifs, manipulation médiatique, esprit critique, action collective. Une portée internationale par des thématiques universelles.
Pourquoi maintenant ?
Les questions que pose Le Petit Poisson Noir depuis 1968 n'ont jamais été aussi actuelles : comment résister à l'oppression ? Comment transmettre la mémoire ? Comment agir face à l'injustice ?
Le Petit Poisson Rouge y répond avec les urgences de 2025 : la désinformation, la crise climatique, la nécessité d'une résistance collective et organisée face aux systèmes de manipulation contemporains.
L'Île aux Sept Murmures pose la question suivante : une fois qu'on sait résister, une fois qu'on sait s'organiser — comment savoir ce qu'on regarde vraiment ? Comment distinguer la lumière de l'appât ? Comment transmettre une vérité sans la tordre en la passant de nageoire en nageoire ?
Les histoires ne meurent jamais. Elles nagent simplement plus loin, portées par des nageoires inconnues, jusqu'à ce qu'un nouveau poisson — noir, rouge, ou sorti d'une île qu'on ne trouvera jamais sur aucune carte — décide à son tour de rester éveillé.
Le temps est la vie. Sans retour.Vaut mieux une parole dense que mille violences.
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