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Le Petit Poisson Rouge - Ata Gallery - Peinture Numérique - Digital Painting

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Le Petit Poisson Rouge

Trois récits. Une seule question. Pas de réponse facile.
Nager à contre-courant n'est pas une révolte. C'est une façon de vivre.



"Le Petit Poisson Rouge" est une fable philosophique et écologique où un jeune poisson, inspiré par la légende du Petit Poisson Noir, apprend qu'on ne change pas le monde en nageant devant tout le monde, mais en nageant à côté — transformant la solitude héroïque en harmonie collective face aux défis de l'océan.


© Ata Irvani, 2026 Tous droits réservés
Le Petit Poisson Rouge
 
Dans les profondeurs d'un récif aux mille teintes vivait un petit poisson rouge.

Il n'avait ni stature imposante ni force particulière. Rien, en apparence, ne le distinguait des autres.

Et pourtant, lorsqu'il passait entre les coraux, quelque chose retenait le regard.

Ses écailles captaient la lumière autrement.

Un rouge dense, presque vivant. Comme une braise qui ne s'éteint pas.

Certains disaient que cette couleur ne venait pas de l'océan, mais d'ailleurs — d'un fragment d'aurore tombé dans les profondeurs.

Lui n'en savait rien.

 
Il nageait comme tous les autres. Il suivait les courants, évitait les rochers, cherchait sa place dans le mouvement du récif.

Mais parfois, sans raison, il ralentissait.

Comme si quelque chose en lui résistait au flux.

Comme s'il avançait… sans vraiment aller quelque part.

 
Un matin, alors que la lumière filtrait encore timidement à travers l'eau, un petit poisson bleu s'approcha.

Il resta là, immobile, face à lui.

Pourquoi es-tu si rouge ?

La question tomba simplement.

Le poisson Rouge ouvrit la bouche.

Rien ne sortit.

Il chercha une réponse. Il ne trouva que du vide.

Je ne sais pas, finit-il par dire.

 
Le poisson bleu inclina légèrement la tête.

Pourquoi es-tu si bleu ? demanda le Rouge, presque par réflexe.

Le poisson bleu eut un léger mouvement, comme s'il allait répondre. Puis il se ravisa.

Il repartit sans un mot, happé par un courant qui ne semblait jamais s'arrêter.

Le silence revint.

Mais la question, elle, resta.

Le petit poisson rouge reprit sa nage.

Quelques battements réguliers. Puis il ralentit.

Quelque chose s'était déplacé en lui.

Ce n'était pas une réponse.

C'était une ouverture.

 
Il continua à nager, mais le récif n'était plus tout à fait le même.

Les formes semblaient plus floues. Les mouvements plus routiniers.

Autour de lui, les autres poissons suivaient les courants avec précision. Sans hésitation. Sans pause.

Lui, pour la première fois, hésitait.

Pourquoi es-tu si rouge ?

La question revenait. Encore.

Elle ne cherchait pas une explication.

Elle cherchait un endroit où exister.

 
Le poisson rouge s'arrêta.

Autour de lui, l'eau continuait de circuler. Les bancs passaient. Les ombres glissaient sur le sable.

Tout avançait.

Sauf lui.

 
Il resta là un moment. Peut-être trop longtemps.

Puis il reprit sa nage.

Mais désormais, il ne suivait plus seulement le courant.

Il écoutait.

 
1. L'Éveil des eaux
Là où la nuit la plus longue de l'année s'installe, une grand-mère commence à parler.

 
La nuit de Yalda — L'histoire du Petit Poisson Noir

 
Lors de la nuit de Yalda, fête persane célébrant la plus longue nuit de l'année, un très vieux poisson — que les petits nommaient Grand-mère — étendit ses nageoires.

∗   ∗   ∗

Dans les eaux paisibles d'un modeste ruisseau vivait le Petit Poisson Noir. Il était seul de son espèce dans ce cours d'eau tranquille.


Un matin, lassé de cette existence monotone, il confia à sa mère une aspiration qui l'habitait : partir.

Quand le petit poisson eut fini de parler, sa mère le fixa un instant, désemparée, stupéfaite.

Mon enfant… aurais-tu perdu la raison ? Le monde ? Que veux-tu dire par là ? Tout est ici, devant toi. La vie, nous la vivons ensemble.

Pourtant, mère, insista-t-il, n'est-ce pas ainsi que toute chose arrive à sa fin ? Le jour s'efface, la nuit revient, la semaine passe, le mois glisse, l'année s'éloigne…

Pourquoi le monde ferait-il autrement ?

Sa mère répondit :

Laisse de côté ces grandes paroles. Lève-toi et allons nous promener. C'est le moment de la promenade, pas de ce genre de discours.

Non, mère, je suis las de ces promenades sans fin. Je veux partir et découvrir ce qui existe ailleurs. Tu penses peut-être que quelqu'un m'a mis ces idées en tête, mais j'y réfléchis depuis longtemps.

Il avait entendu des poissons âgés murmurer parfois qu'ils n'avaient pas compris leur vie. Ils ne cessaient de maudire leur sort et de tout critiquer.

Moi, je veux savoir si la vie se résume à tourner en rond dans un espace minuscule jusqu'à vieillir, ou s'il existe une autre manière de vivre…

Les poissons adultes, prisonniers de leurs habitudes, se moquèrent de lui. Mais lui, soutenu par quelques amis, décida de partir malgré leurs railleries.

Il partit.

∗   ∗   ∗

Son voyage fut long. L'eau changeait autour de lui, sans qu'il sache si c'était lui ou le monde qui avançait. Il arriva dans un étang où des têtards prétentieux se moquèrent de lui. Leur mère, une grenouille obtuse, voulut le chasser.

Ici, nous n'avons jamais eu besoin de regarder ailleurs, coassa-t-elle. Au-delà, il n'y a que des mensonges qui nagent.

Plus loin, un crabe cruel tenta de le dévorer, mais un lézard posté sur un rocher l'écrasa d'un coup sec.

Le lézard, bienveillant, parla au Petit Poisson Noir des dangers qu'il rencontrerait — le pélican, le poisson-scie, la mouette.

Le Petit Poisson Noir poursuivit sa route.

∗   ∗   ∗

Une nuit, il s'éveilla, baigné de clarté lunaire.

La lune versait sa lumière d'argent.

Qu'il l'aimait, cette lune…

∗   ∗   ∗

Autrefois, blotti dans son refuge, il avait tant voulu lui parler, mais sa mère le cachait aussitôt sous les mousses.

Cette nuit-là, il osa sortir.

Bonsoir, belle lune !

Bonsoir, petit poisson. Tu es bien loin de chez toi…

Je découvre le monde.

Le monde est vaste… tu ne pourras pas tout explorer.

Je sais. Mais j'irai aussi loin que je pourrai.

La lune sourit.

J'aurais aimé rester avec toi jusqu'à l'aube, mais un gros nuage noir s'approche. Il va bientôt me cacher.

Belle lune, j'aime tellement ta lumière…

Petit poisson, ce n'est pas vraiment ma lumière. D'ailleurs… sais-tu que les humains viendront bientôt jusqu'à moi ?

C'est impossible ! murmura le Petit Poisson Noir, émerveillé.

C'est difficile… mais les hommes font parfois des choses difficiles à croire.

Elle n'eut pas le temps d'en dire davantage : le nuage recouvrit son visage, et la nuit redevint obscure.



L e Petit Poisson Noir demeura seul, étourdi par cette rencontre, puis se glissa sous sa pierre pour dormir.

∗   ∗   ∗

Enfin, après de longues traversées, il atteignit la mer : vaste, lumineuse, infinie.

Là, il rencontra un immense banc de poissons.

Ami, où sommes-nous ? demanda-t-il.

À la mer, répondit l'un d'eux.

Tu peux rester avec nous, ajouta un autre.

Le Petit Poisson Noir hésita.

Je voudrais explorer un peu. Ensuite, je vous rejoindrai. J'aimerais être là lorsque vous tirerez le filet du pêcheur.

Alors nage, dit un poisson. Mais si tu remontes à la surface, prends garde à la mouette : ces temps-ci, elle n'a peur de rien.

∗   ∗   ∗

Le Petit Poisson Noir prit congé et monta vers la lumière.

Le soleil chauffait son dos.

Il nageait, porté par la lumière.

La mort pouvait le frapper à tout moment. Mais il continuerait. Jusqu'au jour où il ne pourrait plus.

∗   ∗   ∗

Une mouette fondit sur lui, l'attrapa et s'envola.

Écrasé dans son bec, le petit poisson garda son calme.

Pourquoi ne me manges-tu pas tout de suite ? dit-il. Après ma mort, je deviendrai vénéneux.

La mouette hésita.

Si tu veux m'apporter à tes petits, poursuivit-il, je serai déjà mort avant d'arriver. Tu mettras ta famille en danger inutilement.

Le Petit Poisson Noir se laissa aller.

Hé ! Tu es vivant ?

Mais il avait déjà chuté vers la mer.

L'oiseau plongea à sa poursuite et le rattrapa aussitôt.

Tout devint humide, sombre, étroit… l'intérieur du ventre.

∗   ∗   ∗

Là,

recroquevillé, un minuscule poisson pleurait.

Je vais mourir…

Calme-toi, dit le Petit Poisson Noir. Je vais te faire sortir de là.


Mais toi ?

Moi ?

Il serra plus fort le poignard que le lézard lui avait donné.

Tant que cette canaille vivra, je ne sortirai pas. Dès que j'agiterai mon corps, elle rira et ouvrira le bec. Tu sautes. Promis ?

Le petit poisson hocha la tête.

Le Petit Poisson Noir se tortilla.

La mouette éclata de rire, ouvrit grand le bec, et le minuscule poisson jaillit dans l'eau.

Il attendit… longtemps.

Le Petit Poisson Noir ne sortait pas.

Soudain, la mouette hurla, se tordit, puis tomba dans la mer.

Après quelques soubresauts, elle s'immobilisa.

Le petit poisson minuscule la regarda.

Il ne revit jamais le Petit Poisson Noir.

∗   ∗   ∗

Dans le récif, onze mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf petits poissons agitèrent leurs nageoires.

Grand-mère… et le petit poisson minuscule… qu'est-il devenu ?

Elle sourit.

Vous le saurez demain soir. Maintenant, dormez. Bonne nuit.

∗   ∗   ∗

La jeunesse se polit avec le temps, l'esprit jeune s'épanouit avec la vie — elle portait ces deux trésors.

Ainsi s'acheva le récit de la Grand-mère.

Une à une, les voix s'éteignirent.

Même la Grand-mère ferma les yeux.

Mais le douze-millième, le Petit Poisson Rouge, demeura éveillé.


 

 
Le douze-millième


 
Alors que les autres glissaient dans le sommeil des profondeurs, bercés par les courants, il restait là — éveillé, seul, Rouge comme le premier souffle. Autour de lui, l'eau murmurait des histoires anciennes, et la lune, ronde et généreuse, déposait sur son dos des éclats d'argent.

Suspendue au-dessus des flots, la lune veillait sur lui comme elle avait veillé sur le Petit Poisson Noir. Elle éclairait les mêmes vagues, les mêmes récifs. Mais Rouge, lui, se souvenait de ce que les autres avaient oublié : les mots confiés par le Petit Poisson Noir à sa mère, un matin où l'horizon semblait plus large que la peur.

« Je veux savoir où le cours d'eau s'achève, mère. Depuis des mois, cette question me brûle sans que je trouve de réponse. Hier, je n'ai pas fermé l'œil. Aujourd'hui, j'y vais. J'ai besoin de voir ce qu'il y a au-delà. »

 
Dans le silence des profondeurs, Rouge vit la scène revenir : le Petit Poisson Noir, sombre comme l'encre des abysses, franchissant la frontière invisible, s'éloignant lentement du courant où les autres restaient.

Un petit poisson effleura sa nageoire, léger, hésitant, comme une note perdue dans le flot. Un poisson bleu s'immobilisa, suspendu, comme s'il écoutait enfin le battement. Rouge ne dit rien. Il glissa, ondula, tourna.

Autour de lui, onze mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf poissons ondulaient en rythme.

Il laissa son regard glisser sur la mer.

 
La carpe koï et les faux courants

 
Une histoire lui revint : celle d'Omid, un poète iranien dont l'âme habitait le corps d'une carpe koï, et dont le nom signifie « espoir » en persan.

Il avait écrit :
« Ici, mon cœur est oppressé,
et chaque mélodie est désaccordée.
Viens, prenons nos provisions,
posons le pied sur le chemin sans retour,
voyons si le ciel de « n'importe où » a vraiment la même couleur. »

 
Mais avant ces mots, il y eut un instant presque invisible.

Omid nageait avec les autres. Autour de lui, les corps suivaient des trajectoires anciennes, presque gravées dans l'eau. Aucun ne semblait hésiter.

Alors, pour la première fois, il ralentit. Le flux continua sans lui.

Rouge imagina la suite :


 
« Partons. Emportons nos rêves et nos souvenirs,
suivons ce chemin sans promesse,
celui qui mène vers l'inconnu.
Voyons si, « n'importe où » dans l'océan,
coulent vraiment les mêmes courants. »

 
Le soleil descendait lentement, transformant la surface en un métal liquide doré. Les flux dessinaient une musique silencieuse, faite de murmures entre les algues et du souffle des marées.

Rouge flottait près de la surface, immobile malgré le mouvement. Le courant n'attendait pas ; il emportait déjà des grains de sable, des éclats de coquillage.

Rouge ralentit. À peine. Juste assez pour sentir.

Le courant le frôlait, insistait, cherchait à le reprendre. Mais Rouge resta là. Ses nageoires tranchèrent l'eau, et devant lui, la lumière se brisa en mille éclats inconnus. Un mouvement brusque, puis un autre. Des bulles jaillirent, captant la lumière comme des étoiles noyées.


 
2. Les Courants contraires
Sur la route vers l'océan, les personnages se rencontrent et leurs chemins s'entremêlent.


 
La lamproie

 
Le soleil perça l'eau au petit matin, striant les coraux de lignes dorées. Rouge nageait sans hâte, les nageoires au bord du courant. Il portait les questions de Noir, telles des graines invisibles.

Dans le silence des nuits sans lune, une voix revenait parfois :

« Au-delà de ces rivages, il y a des mondes que vos nageoires n'ont jamais frôlés. »

Elle ne réclamait rien. Elle insistait.

 
L'eau se refroidit légèrement. Tout se répétait : mêmes tourbillons, mêmes ombres. Une fatigue collait aux écailles. C'est alors qu'il l'aperçut : une lamproie. Sans regard, la bouche ronde et fixée, son corps dérivait à peine. Rouge s'immobilisa. Elle ne chassait pas ; elle s'accrochait.

Elle s'affaiblissait, lentement.

Tu poursuis un fantôme, dit-elle. Le Petit Poisson Noir n'a jamais existé.

Un silence passa.

Certains disent qu'il est resté dans son ruisseau, ajouta-t-elle. Moi, je suis restée.

Rouge ne la crut pas. Quelque chose en lui résistait. Et si Noir répondait ?

 
Il imagina sa voix :

« Peut-être dis-tu vrai.
Pour ceux qui demeurent dans l'ombre,
je ne suis plus qu'un reflet.
Mais nul reflet ne naît sans passage.
Je ne suis pas un lieu. Je suis un instant.
Là où l'on regarde, alors qu'on détourne les yeux.
Je suis né lorsque l'on cesse de s'accrocher. »

Un silence. Le courant changea.
« Les ruisseaux sont des pièges doux. On y dépose ce qu'on n'emporte pas. Les eaux ne gardent rien. Elles passent. »

 
La voix s'effaça. La lamproie ne bougeait plus. Elle attendait. Le danger n'était pas devant lui, mais dans cette eau immobile.

 

3. Le Chemin des rencontres
L'eau se réchauffe, les courants trompent, et les masques tombent.


 
À la surface, une silhouette bondissait sans cesse — tantôt à droite, tantôt à gauche — traçant sur l’eau de rapides éclats d’argent. Elle frappait la surface, disparaissait dans une pluie de bulles, puis reparaissait plus loin, comme si quelque chose la poursuivait sous les courants.

Qui es-tu ? demanda Rouge.



La Crevette suspendit son élan. Ses pattes tremblaient encore.

Je saute, murmura-t-elle. Je saute tout le temps.

Rouge ne répondit pas immédiatement.

À chaque mouvement, son corps se repliait puis se détendait d’un seul coup, comme si l’eau elle-même la rejetait ailleurs.

Je m’appelle la Crevette, reprit-elle avec un souffle trop rapide. Je saute quand ça approche. Je saute quand ça bouge. Je saute avant même de savoir pourquoi.

Elle repartit brusquement. Ses paroles éclatèrent derrière elle comme des bulles trop fines pour durer.

Le courant glissa entre eux.

Rouge leva les yeux vers la surface. La lumière traversait l’eau en longues bandes mouvantes et déposait sur ses écailles des reflets d’or pâle.

Je cherche le Petit Poisson Noir.

La Crevette ralentit.

Les anciens disent qu’il a disparu. Qu’il ne reste que son histoire.

Les histoires ne disparaissent pas, dit Rouge. Elles changent simplement d’endroit.

Un silence passa entre eux.

Et s’il n’était plus là ?

Rouge regarda le courant dériver autour de ses nageoires.

Alors je continuerai quand même.

Il tendit doucement une nageoire vers elle — non pour l’arrêter, mais pour laisser entre eux un espace immobile.

Essaie de sentir l’eau autour de toi… au lieu de toujours lui échapper.

La Crevette eut un léger recul.

Mais c’est tout ce que je sais faire.

Alors commence par rester un instant.

Elle eut un rire bref, presque fragile.

Je ne sais plus comment on fait.

Rouge ne répondit pas.

Il resta simplement là.

Et peu à peu, la Crevette comprit qu’il ne lui demandait pas de le suivre.

Seulement de sentir.

Le silence changea de texture autour d’eux.

Pour la première fois depuis longtemps, elle ne bondit pas.

Ses pattes cessèrent de trembler.

Le courant continua de passer sous son corps immobile.

L’eau n’avait pas changé.

Mais quelque chose en elle avait arrêté de fuir.


 

 
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